Au-delà du deuil, l’unité. Au-delà des mots, des actes.

Le congrès organisé à Versailles, afin que le président de la République s’exprime devant le parlement est un congrès d’état d’urgence, un congrès marqué par le deuil.

Ce deuil national ne revêt pas une simple dimension symbolique : il doit permettre à une France réunie de communier dans l’émotion immense suscitée par les atroces attentats de Paris. La solidarité envers les victimes et leurs proches doit trouver sa concrétisation dans les cérémonies de recueillement organisées et autorisées par les institutions en charge de la sécurité des Français.

Au lendemain d’un tel drame, s’expriment en chacun et collectivement des sentiments mêlés et contradictoires : la peur, la colère, l’hébétude, la douleur…  

Ces sentiments, nous devons tout à la fois les écouter, les respecter, mais aussi les surmonter. C’est le sens de cette période de deuil. Parce que la France devra réagir avec force, parce que la France devra prendre en compte les nouveaux défis qui lui sont lancés, la France aura besoin de sang froid.

Le président de la République a tracé, par son intervention, des perspectives pour agir concrètement et plus efficacement contre le terrorisme djihadiste et tenir compte des évolutions et des nouveaux défis qu’il représente pour les démocraties et pour notre modèle républicain. Il a incarné une France intransigeante sur ce qui fait à la fois son identité et son ciment : la laïcité.

Nous savons d’ores et déjà les questions sur lesquelles il nous faudra tenter de trouver, dans la concorde et dans un esprit de responsabilité commune à tous les responsables politiques, les réponses les plus adaptées.


La France devra s’interroger en premier lieu sur la gestion des risques terroristes, qu’il s’agisse les changements qu’il nous faudra effectuer dans nos modes d’organisation de rassemblements, dans nos règles d’accès à certains lieux publics ou recevant du public ou de notre arsenal législatif. Nous savons que cela nécessitera sans doute des mesures contraignantes, mais indispensables pour la vie quotidienne. Nous savons que cela nécessitera de repenser, sans rien abandonner de nos valeurs, une partie de notre procédure judiciaire et de nos réponses pénales. Soyons lucides : pour préserver les libertés publiques, il nous faudra décider ensemble de modifications à nos modes de vie afin non seulement d’élever le degré de sécurité dans la vie quotidienne, de rendre plus difficile la perpétuation, par les terroristes, de leurs projets criminels, mais également de rendre les poursuites et la condamnation des criminels plus efficaces.


La France devra également réfléchir à une meilleure articulation de l’action des différents services en charge de la lutte contre le terrorisme : si nos services de renseignements collectent utilement l’information, si nos services d’action savent efficacement réagir lorsqu’un projet d’attentat est identifié ou lors d’enquêtes post-attentats, il conviendra d’écouter les spécialistes de l’antiterrorisme, et notamment les juges, qui insistent pour que soient renforcés nos moyens d’analyse des informations récoltées. Nous avons déjà commencé à le faire, et de nouvelles mesures, notamment budgétaires supposeront des choix : les annonces du Président sur le renforcement des effectifs constituent des réponses à la hauteur de l’enjeu.


La France devra en outre poser toutes les questions de l’amont de ces attentats : la question syrienne, bien entendu, avec ses dimensions diplomatiques et militaires, la question des canaux de financement du terrorisme et de la responsabilité ou de la complicité d’organisations ou d’Etats tiers, la question de la circulation de personnes identifiées comme potentiellement à risques dans et hors l’espace européen. Les initiatives diplomatiques et militaires annoncées, notamment la recherche d’une coalition internationale unique sous l’égide des Nations Unies, rencontrent notre assentiment.


Et la France devra enfin – et peut-être avant tout, car cela ne dépend que d’elle – assumer la nécessité de lutter sans aucune concession, sans aucune faiblesse sur le plan idéologique contre les terroristes et leurs complices – qu’ils s’expriment ou agissent par action ou par omission. Trop souvent, une tolérance coupable, faite de lâchetés mêlées à une culpabilité entretenue ou cultivée, permet aux tenants du fascisme islamique de répandre leur haine dans la société française : en pervertissant les lieux de cultes, en prenant prétexte de situations sociales difficiles, en exploitant des sentiments d’injustice parfois inspirés par de vraies inégalités mais sans jamais proposer de perspectives pour y remédier, en exprimant en toute impunité des appels à la haine et au conflit, sur les réseaux sociaux notamment. Oui, la sortie de la période de deuil national devra également marquer la sortie d’une période de confusion des valeurs, qui a vu se développer des discours qui atténuaient le danger, voire tentaient de justifier l’injustifiable. Les actes odieux de vendredi soir devront ouvrir les yeux de tous et notamment de ceux qui prétendaient « ne pas être Charlie » : ce sont désormais, au bout de la même logique idéologique folle, ceux qui se rassemblent tout simplement pour partager un moment festif et convivial, pour écouter de la musique, pour assister à des rencontres sportives qui sont visés : c’est bien le vivre ensemble qui est aujourd’hui menacé. C'est bien la même haine de la Liberté qui s'est exprimée vendredi soir et en janvier dernier. 


Poser les questions justes, même les questions qui gênent, y apporter des réponses efficaces et justes, conformes à nos valeurs mais lucides face aux dangers : voilà ce que la France, par sa classe politique, mais aussi et avant tout par ses citoyens, ses corps intermédiaires devra faire dans le sang-froid dans les jours et les semaines à venir.


Les réponses évoquées par le Président de la République dans son intervention d’aujourd’hui s’inscrivent dans cette double exigence de lucidité et d’efficacité.


La décision d’instaurer l’état d’urgence, prise vendredi soir par le gouvernement, vise à apporter à l’ensemble des enjeux, de manière provisoire, les réponses adaptées à la gravité de la situation et à l’imminence du risque.


Nous soutenons cette décision et nous apporterons notre concours au gouvernement afin de prolonger pour trois mois cet état d’exception, tant pour les besoins de l’enquête que pour éloigner les risques.


De même, nous apporterons notre concours à la réforme constitutionnelle annoncée qui, se basant sur les propositions du comité Balladur de 2007, permettra d’adapter notre texte fondamental aux défis du terrorisme dans le respect de l’état de Droit et de nos engagements internationaux.


Dans l’instant, nous pensons aux victimes, nous souhaitons accompagner leurs proches de nos actes et de nos pensées, et nous en appelons au rassemblement derrière les autorités de l’Etat qui assument une responsabilité immense et doivent pouvoir compter sur l’unité du pays.   

François de Rugy, président d'écologistes!