[Communiqué] Lutte contre les djihadistes et leur recrutement

 

Communiqué de Stéphane Gatignon 

Maire de Sevran, Porte parole d’Écologistes!

 

 

 

Je me vois contraint de répondre par le menu de mes engagements contre le terrorisme de l’Etat Islamique et ses actions de recrutements sur notre territoire. Des accusations infondées de soi-disant complaisance avec les djihadistes de Daech circulaient depuis quelques semaines, portées par les parents sevranais d’un activiste de l’EI recruté et parti en Syrie en 2014, décédé en janvier selon les informations communiquées en conseil municipal de février.

 

Ces mises en causes personnelles, aujourd’hui largement diffusées, m’obligent à sortir de la réserve due au travail mené avec l’Etat et ses services contre la radicalisation. On ne peut laisser discréditer de la sorte l'action des pouvoirs publics dans leurs combats pour la sécurité de nos concitoyens.

 

 

Au préalable, je tiens à dire que je comprends la douleur des parents et en particulier celle de la mère. C’est une douleur immense que de perdre un enfant. Douleur d’autant plus insupportable que ce jeune de 23 ans a été enrôlé par les terroristes. Mais cette douleur parentale, pour compréhensible qu’elle soit, n’autorise cependant pas à diffuser n’importe quoi et à mettre en cause fallacieusement mon engagement contre les promoteurs des attentats de janvier et novembre 2015. 

 

Il faut raison garder. On ne peut confondre en un même discours les victimes et les complices des assassins de Daech. « J’avoue » ne réserver qu’aux seules victimes des attentats de l’Etat Islamique et des terroristes mes sentiments de compassion et de solidarité. Je rappelle que parmi ces victimes se trouvaient une employée de la ville de Sevran et sa fille, tuées au Bataclan. Les assassins de Daech et leurs alliés quelles que soient les conditions qui ont conduit à leurs engagements barbares, ne m’inspirent qu’horreur et mépris. 

 

J’ai dû pendant des semaines accepter les fausses accusations des parents en question, égarés dans leur tragédie. Mais cette fois, je ne peux, hélas, que réagir quand je vois communiquer à toute la presse que je serais en état de : 

  • non-assistance à personne en danger

  • non-assistance à la commune en danger 

  • non-assistance aux valeurs de la République

L’exploitation qui est faite de la douleur de ces parents passe les bornes. Elle affaiblit le nécessaire travail de terrain contre le terrorisme et ses campagnes de recrutement auquel, comme moi, de nombreux maires sont associés.

 

Dans ces missives, maintes fois diffusées, la commune de Sevran, l’Etat et l’Education Nationale sont mis en cause. A chacune de ces institutions de répondre à ces accusations. Je prends ma part du devoir de vérité dû à mes concitoyens et à mon honneur de premier magistrat de la ville de Sevran, tout en comprenant qu'à travers moi c'est toute la mobilisation des pouvoirs publics que l'on cherche à atteindre. 

 Je reprends, ci-dessous, sans exhaustivité, les actions menées et les collaborations suivies à Sevran dans le cadre de la lutte contre la radicalisation. Ces informations sont fournies avec le nécessaire recul et la confidentialité que tout le monde comprendra. 

J’ai appris le décès de Quentin Felix Roy lors du dernier conseil municipal du 15 février dernier.

Monsieur et Madame Roy ont pris contact avec moi en février 2015. Je les ai rencontrés et nous avons échangé sur les dangers de la radicalisation et sur le besoin de sensibiliser sur ces dangers. 

Je leur ai proposé de rencontrer le responsable du culte musulman de Sevran, Monsieur Merzak (secrétaire général de l’association cultuelle de Sevran et vice-président de la Fédération nationale des musulmans de France). Ils ont accepté cette rencontre et, fin avril 2015, ils ont eu une longue entrevue ensemble. Madame Roy m'a envoyé des messages me remerciant de l'avoir mis en contact avec Monsieur Merzak, ancien président du conseil régional du culte musulman. 

La ville de Sevran est engagée depuis plusieurs années contre la radicalisation. Beaucoup de cet engagement est mené avec les associations de terrain et les représentants de l'Etat pour faire le lien avec leurs services. Grâce à ce travail de terrain, nous pouvons recréer du lien avec les jeunes et moins jeunes et combattre la radicalisation. Il nous faut travailler avec les acteurs des quartiers qui connaissent bien le sujet et, surtout, qui sont capables d'entamer une discussion avec ceux qui sont en voie de radicalisation. 

Pour information : La personne mise en cause comme CPE au collège G.Brassens de Sevran et donc employé de l'Education Nationale, n'a été employée à la ville comme emploi d'été que du 6 au 23 juillet 2012. 

A- Travail avec l’Etat et ses services

J’ai toujours entretenu des rapports étroits sur les questions de radicalisation avec les préfets de Seine-Saint-Denis. Depuis le préfet Lambert jusqu’à aujourd’hui le sous-préfet du Raincy, les contacts sont très fréquents. Depuis les attentats de novembre, ils sont quasi quotidiens.

- La salle de prière non officielle dite « des Radars » et mes demandes de fermeture 

Ouverte probablement à la fin 2013, les prêches délivrés y sont violents et radicaux. Compte tenu de ces informations et dès que j'en ai été informé, j’ai demandé à l’Etat la fermeture de la mosquée des Radars, abritée dans des locaux privés. Je rappelle que seul l’Etat est compétent pour fermer des lieux de cultes officiels ou clandestins. Les radicaux déstabilisent le monde musulman local. Que ce soit l'iman de la ville ou les responsables d'associations en dialogue avec l'autorité publique ou les autres religions,             tout le monde était et est unanime. J'ai relancé ma demande auprès des services de l'Etat, il y a plus d'un an ; puis en octobre, au moment du départ d'un nouveau jeune sevranais en Syrie et, bien évidement, après les attentats du 13 novembre. Ce lieu, en cours de fermeture, fait l'objet d'un projet de restructuration urbaine (dans le cadre de l'ANRU). Les locaux doivent être rachetés par l'EPARECA et la ville. Pour ces rachats, nous avons intégré une clause qui stipule que tout local commercial doit être vide avant d'être racheté. C'est pourquoi l'achat par la ville de ce local est             différé depuis des mois. 

Comme je l'ai déclaré à plusieurs reprises, je pense que la question du renseignement est la clé. La ville a toujours répondu présente pour travailler avec les services de l'Etat chargés de la sécurité.

- Initiatives et débats préfectoraux et locaux : Outre les participations aux tables rondes du préfet sur la radicalisation, le mercredi 27 mai 2015, la ville a pris l’initiative d'organiser un débat sur le thème de l'islam dans les quartiers avec notamment la participation du préfet à l'égalité des chances de Seine-Saint-Denis, Didier Leschi et l'imam de la mosquée d'Ivry-sur-Seine. Cette réunion était organisée uniquement pour les élus du conseil municipal.

B- La ville en partenariat avec les associations, les responsables des cultes

- Accompagnement d'une association de Sevranais en partenariat avec le bureau des cultes du ministère de l'Intérieur pour organiser des cours de formation à la langue française en direction des imams du 93. L'association a été l'une des premières à mettre en place ces stages en prenant en compte le besoin d'imams francophones. En ce moment même à Sevran, il y a une formation au français, comportant un atelier de culture générale, de découverte du patrimoine et des institutions de la République, organisée pour 8 imams. 

- Dialogue inter-religieux : La lutte contre la radicalisation passe par la capacité collective à faire le lien et à construire des ponts entre les religions et les philosophies. A Sevran, nous avons initié ces rapports inter-religieux et inter-culturels sous la forme de rencontres thématiques. En janvier 2015, à la suite de l'attentat de Charlie et de l'hyper casher, j’ai réuni l’ensemble des responsables des communautés religieuses de la commune (musulmane, juives, chrétiennes, etc.) et nous avons élaboré une déclaration commune diffusée dans l’ensemble des quartiers sevranais comme nous l’avions fait au lendemain des attentats du 11 septembre 2001.

- Travail en cours avec une association sur un projet d'Institut théologique musulman pour adultes. Cette association a engagé un partenariat étroit avec l'Institut catholique de Paris. Ce projet vise à la formation de cadres musulmans aux institutions et aux valeurs de la République française via un diplôme universitaire « inter-culturalité, laïcité et religion ».

- Dans le cadre de la préparation du projet de ville de lutte contre la radicalisation, nous travaillons avec les services de l'Etat à un module de formation en direction du personnel de la ville, principalement des animateurs et des médiateurs sur la sensibilisation à la radicalisation. Ce projet est conduit en partenariat avec Bernard Godart, ancien conseiller au ministère de l'Intérieur au bureau des cultes, et Claude Roëls, directeur de formation à la laïcité à l'Institut catholique de Paris.

- Chaque année une classe de terminale pastorale venant de province vient participer aux initiatives inter-cultuelles de la communauté musulmane. De plus, chaque année, en partenariat avec l'ACCMS, il y a une rencontre œcuménique rassemblant les cultes évangélique, protestant, catholique et musulman. 

- La construction de la mosquée :

En 2007 suite à des débats en bureau municipal, le conseil municipal délibérait sur la cession d'un terrain en vue de la réalisation d'une mosquée. Cette délibération du 13 décembre 2007 a été adoptée par 29 voix pour 7 abstentions et 4 non-participations au vote. 

En septembre 2008, l'association cultuelle musulmane s'acquittait de la somme de 575 000 € pour devenir propriétaire du terrain. Le choix de la ville a été de vendre le terrain de la future mosquée contrairement à de très nombreuses villes, de droite comme de gauche, qui mettent à disposition leur terrain avec un bail emphytéotique à l'euro symbolique. En ce qui concerne la construction de cette mosquée, la délivrance du permis de construire a été retardée en raison de la découverte d’un site archéologique. Cette construction est financièrement entièrement par l’association cultuelle. On peut d'ailleurs remarquer que les insinuations sur l'origine des fonds sont infondées. « L'argent de l'étranger » ne coule pas à flots, car l'association prend du retard dans ce financement.

Accompagner le projet de construction de cette mosquée, c'est faire en sorte que les musulmans pratiquent leur culte dans de bonnes conditions et non pas dans la rue ou dans des endroits indignes. 

- Le 18 janvier 2015, l'association cultuelle des musulmans de Sevran en collaboration avec la Fédération Nationale des Musulmans de France (FNMF) qui rassemble plus de 500 associations gérant les lieux de cultes en France organisaient une journée à la salle des fêtes de Sevran pour exprimer un message de paix et d'opposition au terrorisme sur le thème « les musulmans contre le terrorisme » en réponse aux attentats de janvier.

 

Vous comprendrez que je ne peux parler de ce travail que partiellement et en évitant le plus possible de mettre en difficulté les acteurs de terrain avec qui nous travaillons tous les jours.