Non, le chômage n'est pas une courbe désincarnée

Non, le chômage n'est pas une courbe désincarnée. C'est une somme de souffrances humaines et d'échecs économiques. C'est un gâchis de savoir-faire de salariés expérimentés ou d'énergie de jeunes formés qui ne demandent qu'à s'intégrer dans des entreprises.

 

Face à un phénomène qui désagrège la société, qui fait perdre la foi en l'avenir, on a essayé le volontarisme colbertiste, le libéralisme destructeur de droits, les emplois aidés, la méthode Coué... Et rien de cela n'a empêché le chômage de masse de s'installer en France depuis plusieurs décennies.

Dans le débat présidentiel qui vient, il n'y a rien de plus désespérant que de voir se jouer, pour la énième fois, la même pièce - j'allais dire la même comédie si cela ne se traduisait in fine par tant de tragédies humaines.

 

 

Certains nous vanteront un retour au protectionnisme, qui est un mirage dans un système économique mondialisé : près d'un emploi sur quatre dépend directement du commerce international et des exportations de nos entreprises. On ne peut pas d'un côté se réjouir des ventes à l'étranger de paquebots construits à Saint-Nazaire, d'avions ou de sous-marins, de voitures ou de produits agricoles et agroalimentaires et d'un autre côté proposer de fermer nos frontières.

 

D'autres nous loueront les vertus de la dérégulation sans limites. On en connaît les conséquences sociales et on sait la dégradation de la qualité des emplois qu'elle provoque.

 

D'autres enfin nous proposeront de ne rien faire, attendant que les réformes engagées portent leurs fruits, dans l'espoir , cette fois, de ne pas manquer de "chance".

 

Et si on tentait l'humilité ? 

 

L'humilité, c'est d'abord de reconnaître que la croissance ne suffira ni à dissoudre l'exclusion, ni à éradiquer le chômage : dans un monde qui ne connaîtra plus de forts taux de croissance, c'est l'intensité en emplois des investissements qu'il faut viser : l'isolation thermique des bâtiments, les énergies renouvelables, l'agriculture paysanne, les infrastructures de transport collectif sont intensifs en emplois. C'est là que doivent se concentrer les investissements publics. C'est la que doivent être orientés les investissements publics et privés. Écologie et économie ne doivent plus être opposées. L'écologie sera un des facteurs principaux de relance économique. L'économie verte doit devenir la priorité absolue de nos politiques industrielles. 

 

L'humilité, c'est de reconnaître qu'une forme d'inertie et de conservatisme quant au financement de la protection sociale a fini par freiner la création d'emplois. Les cotisations salariales et patronales pèsent à la fois sur les fiches de paie et sur le coût du travail. Elles apportent des ressources indispensables pour financer notre système de protection sociale. Mais elles contribuent à freiner l'emploi. D'autres sources de financement, comme la taxe carbone ou la CSG, doivent être mobilisées pour baisser les charges et donner ainsi de l'oxygène aux PME, TPE, qui sont aptes à créer de l'emploi. Plusieurs fois nous nous sommes heurtés, au cours de cette législature, au conseil constitutionnel lorsque nous avons tenté de distinguer entre grandes et petites entreprises, entre entreprises familiales et économie financiarisée : s'il faut faire évoluer la constitution sur ce point, faisons-le !

 

L'humilité, c'est de reconnaître que ce n'est pas l'Etat qui va tout gérer. L'Etat doit être protecteur en assurant la protection sociale, la protection des droits des salariés dans le temps, notamment parce que  les salariés vont changer de plus en plus d'employeur. L'Etat doit mieux assurer la formation initiale des jeunes et réformer la formation continue pour qu'elle favorise les reconversions professionnelles notamment en cas de chômage. Mais, ce sont les entreprises qui vont créer des activités et des emplois. Et il faut leur faire confiance aux acteurs de l'entreprise. La loi El Khomri, même mal négociée et trop tardive, y contribue. Elle s'est heurtée à un débat de nature idéologique entre ceux qui refusent tout assouplissement négocié à l'échelle de l'entreprise du code du travail et ceux qui veulent vider le code du travail de sa substance.

Soyons plus audacieux et osons l'expérimentation : la prochaine élection présidentielle peut être l'occasion d'un pacte clair passé avec les Français. Engageons nous à essayer et à expérimenter vraiment : adoptons une loi inédite qui ne sera valable que pour 5 ans, période à l'issue de laquelle, sur la base de l'expérience et non de préjugés, on devrait soit valider ces mesures, soit adopter un autre texte, faute de quoi on reviendrait aux dispositions en vigueur auparavant.

 

Cette loi lisserait par exemple les seuils sociaux dans les entreprises, permettrait plus de souplesse dans l'organisation du travail, reconnaîtrait mieux le travail indépendant, créerait un contrat de travail à droits croissants au fil du temps. Et mettons en place un comité d'évaluation de la loi pluraliste qui, sur la base de l'expérience et de la réalité - et non plus de fantasmes - rédigerait des recommandations pour conserver ce qui marchera et réformer ce qui serait inefficace ou produirait des effets pervers. 

 

Bref, sortons des postures, des certitudes, des promesses toujours déçues, des solutions clés en main et osons le doute et le pragmatisme. 

Et n'oublions jamais que derrière les chiffres, il y a des femmes et des hommes. Qui n'en peuvent plus d'attendre et d'espérer. 

François de Rugy

président du Parti écologiste

Candidat écologiste à la primaire de la gauche