Automobile : son avenir sera écologique ou ne sera pas.

Tous les deux ans, se tient à Paris le "Mondial de l'automobile". Longtemps, showroom géant des dernières nouveautés de chaque constructeur, ce salon suscite maintenant une réflexion plus large sur l'avenir technologique de l'automobile et, c'est nouveau, sur une révolution en cours, celle de ses usages.

 

Si l'automobile reste associée à l'idée de liberté de mouvement, son image s'est écornée ces dernières années du fait de la prise de conscience de plus en plus partagée sur ses effets secondaires néfastes pour l'environnement et la santé. Sans doute moins un objet de passion, la voiture individuelle fait aussi l'objet d'une approche plus rationnelle de la part du consommateur que ce soit par rapport au coût ou au temps de trajet.

 

 

Adjoint au Maire de Nantes en charge des transports et des déplacements pendant 7 ans, j’ai gardé de cette expérience une approche écologiste pragmatique des transports en générale et de l'automobile en particulier.

 

 

En France, l’automobile reste le mode de déplacement utile et souvent le plus efficace dans un certain nombre de situations, notamment lorsque les transports en commun ne peuvent remplir le même service du fait de l’habitat dispersé et de l’éloignement des lieux d’habitation par rapport aux emplois, aux loisirs, aux commerces ou aux services publics…

 

Pour ces usages, au-delà du travail de fond sur des politiques d'aménagement fondées sur une urbanisation moins étalée et plus fonctionnelle, il est évident que la première priorité est d'accélérer la généralisation de motorisations plus sobres et moins polluantes. Cela passe aussi bien par le changement des motorisations et l'allégement des véhicules. Les innovations technologiques sont diverses et il ne faut pas croire à une solution miracle unique : de même que le tout-diesel a été une grave erreur, croire q'un basculement vers le tout-électrique réglerait tout, serait une illusion.

  

 

Le véhicule hybride est maintenant une solution opérationnelle permettant une moindre consommation de carburant fossile pour un même service rendu. Le véhicule au gaz, très répandu en Italie par exemple, devrait être développé : sa combustion est beaucoup moins polluante et il peut être alimenté par du biogaz issu de la méthanisation, qui peut être produit de façon très décentralisée, notamment en milieu rural. Le véhicule électrique commence à voir son autonomie s'accroître : contrairement à une idée reçue, c'est en milieu rural et périurbain pour des trajets d'une certaine distance, réguliers et prévisibles,  qu'il peut être le plus pertinent, la recharge à domicile ne posant par ailleurs pas de problème. Pour l'avenir, la filière hydrogène doit également être expérimentée à plus grande échelle. Elle garantit zéro émission de CO2 et elle peut s'articuler efficacement avec les énergies renouvelables.

 

Si les normes européennes continuent à progresser dans le sens de la réduction des émissions de CO2 tout en intégrant les autres polluants, le mouvement amorcé par les consommateurs, constaté par la baisse du diesel dans les chiffres de ventes de véhicules neufs, ce mouvement se poursuivra et s'amplifiera. En France, où les décideurs politiques ont souvent eu du retard par rapport aux consommateurs, il reviendra aux pouvoirs publics d'accompagner ce changement pour accentuer le renouvellement du parc automobile. Cela passe sans doute par des primes à la conversion pour l'achat de véhicules neufs mais aussi pour des occasions récentes dans la mesure où les automobilistes mettraient leurs vieux véhicules à la casse.

 

 

Une politique cohérente entre les normes, la fiscalité des carburants  (égalisation gasoil- essence) et l'adaptation du dispositif de bonus-malus permettront d'assainir le parc automobile français (mouvement déjà à l'œuvre puisque la part du diesel dans les ventes en France a considérablement baissé depuis 2012 : la part du diesel est passée de plus de 75% en 2012 à tout juste 50% aujourd'hui. Les ventes de voitures électriques, longtemps marginales, s'amplifient quelque peu.

Nouveaux usages de l'automobile

L’impératif majeur de l’automobile est un impératif d’efficacité. Au-delà de la construction technologique qu’est une automobile, LE grand enjeu est celui de l’usage qui en est fait, et cela relève parfois du simple bon sens.

 

Les évolutions récentes montrent un basculement important de l’automobile d'une logique de possession vers une logique d'usage. Le besoin est un besoin de mobilité, et le voyageur gagne en agilité tout simplement en sortant son téléphone de sa poche. Il est en capacité d’optimiser son trajet, de savoir quel moyen de transport va être le plus rapide ou le moins coûteux. Il arbitrera ainsi entre les transports en commun, la marche, le vélo, le deux-roues motorisé, le taxi ou la voiture individuelle, ou la combinaison de plusieurs de ces modes, selon le trajet, l’encombrement, le temps nécessaire, le coût…

 

Une voiture qui transporte des passagers est bien mieux utilisée qu’un véhicule qui ne transporte que son conducteur. La moyenne actuelle est de 1,2 personnes dans les voitures qui circulent sur les routes françaises. En passant simplement à une moyenne de 2, on ferait déjà progresser considérablement l'efficacité énergétique d'une voiture sans le moindre changement technologique. Cela ferait baisser les consommations d’énergie et la pollution par personne transportée sans que le consommateur ait besoin d'investir dans la technologie dernier cri.

 

Il est donc crucial d’inciter à « remplir » les voitures circulant  sur nos routes. Il s'agit en quelque sorte de transformer la voiture en transport en commun sans que le consommateur ou la collectivité n'ait besoin d'alourdir ses dépenses bien au contraire. Toutes les initiatives qui visent à donner des avantages à l’autopartage et au covoiturage, doivent être soutenues que ce soit pour les transports du quotidien comme pour les trajets plus longs. Réserver des voies sur les autoroutes ou des places de stationnement en ville,  accorder des tarifs plus bas sur les péages ou les parkings, permettre une information fiable et en temps réel pour les voyageurs sont des  solutions simples, de bon sens et efficaces. Le succès des applications pour smartphone basées sur l’information, que ce soient l’essor des VTC, les applications permettant la multimodalité ou encore les GPS « intelligents » qui indiquent les informations liées au trafic démontrent la capacité des automobilistes à changer de comportement grâce à des solutions intelligentes et faciles d'utilisation.

 

 

 

De la technique à l'usage, les innovations sont au rendez-vous pour permettre le passage vers un secteur automobile plus écologique et plus diversifié. Il ne reste plus qu'au système politico-administratif français et européen à accompagner et soutenir ce changement plutôt qu'à le freiner ou à l'ignorer.

 

Voir aussi : question de François de Rugy à Ségolène Royale sur l'accord de Paris sur le Climat, au lendemain de sa ratification par le Parlement européen.